top of page

STRANGER  IN  A  FAMILIAR  LANDSCAPE

Alban Van Wassenhove

06 avril 2027 - Théâtre de l'Arsenal, Scène Conventionnée d’Intérêt National, Art et Création pour la Danse

22 mai 2026 – L’Étincelle, Théâtre(s) de la Ville de Rouen

20 mai 2026 – Festival Danser Partout – Chorège, CDCN de Falaise, au CCN de Caen

ETRANGER DANS UN PAYSAGE FAMILIER...

Direction et chant : Deborah Lennie (AUS)

Danse : Annie Hanauer (USA) + Ingvild Marstein Olsen (NO)

Création sonore : Patrice Grente

Film et regard extérieur : Christophe Bisson

Création lumière : Jérôme Houlès

Costumes : Magali Murbach

Quels sont les premiers sons que vous entendez au réveil ? Voyez-vous le ciel depuis votre chambre ?
Les lieux de nos vies laissent leur empreinte dans nos corps et dans notre manière d’habiter le monde. Que se passe-t-il alors quand on les quitte ? Et lorsqu’on y revient, pourquoi ce qui fut si familier peut nous sembler si étrange ?
Par la danse, la musique et le film, STRANGER IN A FAMILIAR LANDSCAPE explore ce lien intime entre mémoire et espace. Entre l’Australie, les États-Unis et la Norvège, trois interprètes tissent un récit de l’errance et de l’ancrage, qui pourrait bien être celui de chacun...

HISTORIQUE DU PROJET

STRANGER IN A FAMILIAR LANDSCAPE est né de la collaboration entre Deborah Lennie, Annie Hanauer et Ingvild Marstein Olsen lors de leur travail sur PUSH, la précédente création de la compagnie. En échangeant des histoires sur leurs pays respectifs, elles ont constaté qu’elles entretenaient des rapports très différents à des éléments physiques fondamentaux du quotidien : la sensibilité à la lumière, au froid, la manière d’appréhender les espaces ouverts ou fermés…

Toutes trois ont fait l’expérience de l’exil, amenées à travailler et à vivre, parfois pendant de longues périodes, loin de leur pays d’origine, où ces différences se font particulièrement sentir. Convaincues que notre rapport au monde ne relève pas uniquement de notre histoire personnelle ou familiale, une question s’est alors posée : comment le lieu où nous vivons affecte-t-il notre relation à notre propre corps et aux autres ?

                                                              i fall, will i hurt myself?

Og hvis jeg faller, vil jeg slå meg?

NOTES DE RECHERCHE

Les aspects physiques et acoustiques du paysage ont constitué les champs les plus vastes de notre recherche. Lors de nos séjours dans nos pays respectifs, nous avons porté une attention particulière à des caractéristiques de nos paysages à travers des éléments comme l’intensité de la lumière, la chaleur écrasante qui ralentit tout, le sable qui se dérobe sous nos pieds, le craquement de la glace, l’odeur de l’eucalyptus qui brûle, la voûte étoilée, la nuit polaire, les forêts profondes, les gratte-ciel — modernité, béton, verre, discontinuité, forêt pristines, décharge de pneus, odeurs de vase...

Nous nous sommes interrogées sur le climat : les températures sont-elles extrêmes ou douces ? Le temps est-il très changeant ou plutôt stable ? Le paysage sonore est-il feutré, comme en Norvège, ou bruyant, comme en Australie ? Avons-nous grandi à proximité d’espaces naturels préservés, et représentaient-ils un danger physique : précipices, mers déchaînées, soleil meurtrier, froid mortel… ou étaient-ils au contraire des lieux où se reposer et reprendre des forces, au bord d’un lac ou dans des prairies tranquilles ? Et comment le corps entre-t-il en contact avec les matières : roche, béton, sable, herbe ? Enfant, en jouant, tombions-nous sur le bitume ou sur l’herbe tendre ? Comment le soleil se lève-t-il le matin ?

À Wahroonga, en Australie, par exemple, le réveil du matin est d’une brutalité saisissante : toute la faune s’éveille en même temps, comme une explosion. Il n’y a pas non plus de longs crépuscules : en dix minutes, le jour laisse place à la nuit.

Tous ces éléments composent un univers physique qui sollicite nos corps de différentes manières. Alors, lorsque nous sommes confrontées à d’autres types de paysages, à d’autres rapports au ciel, au soleil, au climat et aux matières, comment réagissons-nous ? Comment acceptons-nous ou rejetons-nous ces différences ?

Pieter Brueghel l'ancien, Paysage avec la Fuite en Égypte, 1563

Nous nous sommes également intéressées aux représentations avec lesquelles nous avons grandi. Quel est notre imaginaire collectif? Quelles sont les représentations visuelles et sonores qui nous ont accompagnées ? Notre perception du paysage ne se construit pas seulement à travers l’expérience vécue, mais aussi à travers les images qui nous entourent. Peintures, photographies, films, archives visuelles et sonores ont façonné nos manières de voir et d’entendre et, avec elles, notre relation au corps, à l’espace et à l’horizon. Tout au long de la recherche, nous avons observé comment ces représentations continuent d’informer notre perception, souvent à notre insu.

LE CORPS RÉ-SONNE COMME UNE HISTOIRE


 

                          « Notre perception de l’espace dépend autant de ce que nous entendons que de ce que nous voyons. »
                                                                                                                                                                                                                   Max Neuhaus

La création d’un paysage sonore est au cœur de cette pièce et fait partie intégrante de sa dramaturgie. Patrice Grente a composé la bande sonore en relation directe avec le travail au plateau, après une période de collecte et d’enregistrement avec Annie, Deborah et Ingvild.

Dans La Haine de la musique, Pascal Quignard écrit : « Les oreilles n’ont pas de paupières. » En effet, nous ne pouvons pas choisir ce qui entre ou non par nos oreilles. Et cela bien avant notre naissance. Les ondes pénètrent jusque dans l’utérus, nous baignant dans un univers sonore très spécifique et individuel qui nous affecte physiquement :

« In utero, c’est autour de 30 semaines que sont enregistrées de façon stable les premières réponses motrices au bruit : du clignement des paupières au sursaut plus ou moins généralisé, selon l’intensité et la composition fréquentielle du stimulus ; et cardiaques : accélération. »           

(Birnholz, Benacerraf, 1983 ; Kisilevsky, 1995). Carolyn Granier-Deferre, Marie-Claire Busnel,

« L’audition prénatale, quoi de neuf ? », Spirale, 2011/3 (n° 59), p. 17-32.

Le son est un paysage en soi : le bush australien n’a rien à voir avec les glaciers norvégiens ou les lacs du Minnesota. L’angoisse qui saisit le ventre au son d’un feu de brousse qui approche. Ou de la glace qui craque sur un glacier. Les liens émotionnels que nous entretenons avec les sons sont inévitables. Pourtant, au fil de notre vie, nous apprenons inconsciemment à filtrer les sons qui nous parviennent. Nos oreilles distinguent les sons familiers des sons étrangers et les traitent différemment ; nous apprenons à développer des paupières symboliques. Quels sont les sons avec lesquels nous avons grandi ? Et quels sont ceux que nous bloquons ?

« L’aspect physique d’un paysage sonore ne consiste pas seulement dans les sons eux-mêmes, les ondes d’énergie acoustique qui imprègnent l’atmosphère dans laquelle vivent les individus, mais aussi dans les objets matériels qui créent, et parfois détruisent, ces sons. L’aspect culturel d’un paysage sonore englobe les manières scientifiques et esthétiques d’écouter, la relation de l’auditeur ou de l’auditrice à son environnement, ainsi que les conditions sociales qui déterminent qui peut entendre quoi. »

Emily Thompson, The Soundscape of Modernity: Architectural Acoustics and the Culture of Listening in America, 1900–1933, Cambridge, MIT Press, 2004, p. 1-2.

Notre relation au son porte donc quelque chose de notre histoire. Et lorsque le son devient langage, cette histoire continue de s’écrire. Nous explorons la dimension physique du langage : la voix. Chaque langue résonne dans différentes parties du corps : certaines davantage dans le nez, d’autres dans le bassin, par exemple. Dans STRANGER IN A FAMILIAR LANDSCAPE, nous entretenons toutes les trois une relation différente au langage, oscillant entre le français, l’anglais et le norvégien. Les sonorités propres à nos langues affectent-elles nos corps et nos émotions ?

Patrice Grente, créateur sonore,  a travaillé à partir de field recordings, d’archives, d’improvisations et de compositions. Les trois interprètes portent en elles des paysages sonores différents, et c’est dans ces différences que la pièce puise sa matière sonore. Des sons du bush australien aux glaciers norvégiens, de la pop américaine aux chefs-d’œuvre classiques inscrits dans notre mémoire collective, en passant par des enregistrements low-tech, la voix en direct, les langues et les ambiances urbaines, un paysage sonore se construit. Comme si le bruit de fond de la vie passait au premier plan.

L'IMAGE

Le travail de l’image dans les films de Christophe Bisson se situe quelque part entre l’archive documentaire et l’histoire de la peinture : à la lisière du réel. Dans STRANGER IN A FAMILIAR LANDSCAPE, ses images n’illustrent rien et ne servent pas non plus de décor en mouvement. Il n’y a pas de films de couchers de soleil australiens ou de glaciers norvégiens, ni de banlieues américaines ou de sublimes lacs du Minnesota. Ce sont des films qui rendent compte de quelque chose de la situation d’exil, de la violence du départ, de la confrontation avec notre mémoire. Ce sont des films à part entière, tout en étant profondément liés aux corps, à l’espace, à la lumière et au son de la pièce.

Au cours du processus de création, et particulièrement pendant les périodes de résidence, nous avons filmé des mouvements, de la danse, des gestes, des trajets, des paysages, afin de chercher des résonances avec des images existantes et avec nos questionnements. Christophe a mené un important travail de recherche dans les archives. La question de notre rapport à l’histoire est centrale dans ce projet et traverse l’approche cinématographique. Images d’archives et fragments de nos mémoires deviennent la matière d’expérimentations filmiques, laissant au public la question de son propre rapport à l’image, à la mémoire et à l’exil.

one foot in front of the other

© 2018 forwantofabetter created with Wix.com

bottom of page